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 Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)

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MessageSujet: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Dim 28 Fév - 23:08

You could be happy and I won't know but you weren't happy the day I watched you go and all the things that I wished I had not said are played in loops till it's madness in my head. Is it too late to remind you how we were? - Monet & Mercy.

voyage voyage
Elle en était à son dixième test de la semaine. Elle n'en pouvait plus. Dans les toilettes de la DLCEM, Monet Kaplan semblait prête à tuer tous les pauvres malheureux qui se dresserait par hasard sur son chemin. Elle claqua la porte des toilettes si violemment que les gongs menacèrent de sauter sous le coup. Une employé du bureau présente dans la pièce se sentit alors très concerné par l'hygiène de ses mains et se les savonna à nouveau, le temps que l'agent Kaplan sorte de la pièce. Elle déboula dans le bureau d'Aramis, les larmes aux bords des yeux. Non, hors de question de flancher devant lui. Hors de question.

J'ai besoin d'air Aramis. Je vais... Prendre du repos. Quelque chose. Ou peut être quelques semaines je n'en sais rien. Je suis fatiguée de le voir, tu me comprends ? Avec son regard sournois et ces... ces... Faut pas se fier à son regard de chiot battu, non non, tu comprends ? Crois moi, il m'a eu il y a des siècles, mais, je ne laisserais pas ça se reproduire, je suis une femme forte ! Il ne m'aura plus ! C'est fini entre nous !

Ses yeux bleu lançaient des éclairs. Elle n'avait pas arrêté de le regarder pendant sa crise de nerf. Oh, elle voyait bien dans son regard. Elle voyait clair dans son jeu. Il voulait la rendre folle. Ysoir-Barbe avait raison, elle devait fuir, loin de lui.

Tu entends Weathley ? T-e-r-m-i-n-é !

Et sur ces paroles parfaitement incompréhensible pour tout le monde présent à cet étage de la DLCEM, elle attrapa son sac à main, plissa sa chemise et se rua hors de la salle, dans l’ascenseur. Encore ces nausées.

***

Elle n'était pas enceinte. Les test lui disait le contraire. Le médecin lui disait le contraire. Sauf que c'était tout comme. Alors c'était quoi la suite ? Elle se mettait à vivre en direct (enfin, en version rediffusé) les émotions et la vie trépidante de sa clone des temps modernes ? La vie d'Ysoir-Barbe bousillait la sienne. Elle s'était assoupi sur son canapé. Voilà une semaine qu'elle n'était pas retourné travailler. Et elle avait esquiver tous les appels venant du bureau. Elle avait enfilé un pyjama rose avec des motifs ourson gris, des chaussons lapin, avait oublié de se maquiller, et avait attaché ses cheveux avec un chignon négligé. Bref rien qui ne lui ressemblait. Elle dormait presque. Elle avait peur de fermer les yeux, de voir le visage de cette souillon à nouveau. Hélas. Elle était toujours là. La dernière fois, elle aurait ne jamais aimé s'endormir. Voir cette femme soumise et faible embrasser son mari avant de... C'était atroce. Comment pouvait-elle faire ça ? Comment une femme pouvait se rabaisser à ça ? Et lui. Et lui il était si... elle se souvenait avoir pu détourner les yeux. Tant mieux. Elle n'aurait pas supporter plus de... visions de ce genre. Pas de Guillaume. Pas de son collègue.

C'pas vrai.... marmonna t-elle.

Elle changea les piles de sa télécommande. Voilà, c'était mieux. Un énorme pot de glace chocolat noix de pécan sur les genoux, elle zappait en cherchant le programme le plus débile pour se divertir. Les nausées cessaient quand elle mangeait de la glace. Les mal de dos et les ballonnements en revanche, c'était une autre paire de manche. Une larme roula sur sa joue, elle en chercha même pas à la sécher. Elle pleurait sans raison ces derniers temps. Elle attrapa son portable et farfouilla dans son répertoire. Il était presque vide. Elle n'avait pas d'amis. Ou du moins, elle avait arrêté d'essayer de s'en faire pour se concentrer sur son boulot. Une nouvelle bouchée de glace et Monet pleura de plus belle.

Mais arrête de me faire ça ! Putain, arrête !

Elle le savait, c'était pas elle ça, c'était l'autre. Pourquoi avait-elle mis ce numéro dans son répertoire ? Sans grande conviction elle tapota sur son clavier.

Une soirée glace, ça vous dis ?

C'était nul. Mais tant pis, elle envoya.

Je mors pas, promis.

Elle envoya aussi. Elle était au bout du rouleau. C'était la fin.

Je serais gentille. Je vous envoie mon adresse si vous voulez.
Bisous.


Non là c'était carrément pas elle. Et pourtant, elle envoya le troisième message. Elle soupira et jeta son portable sous un coussin. Non, elle allait croupir là. Toute seule. Elle tomba sur une chaîne de télé réalité. La connerie humaine à l'état pure. Mais cela la fit sourire. De temps à autres, elle soulevait le coussin, espérait voir une réponse de Mercedes Weathley.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Sam 19 Mar - 22:06

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Ça le reprenait. Ses mains tremblaient sans s'arrêter, avec une violence inouïe. Le visage pâle, Mercedes Weathley se pencha en avant et agrippa les bordures de son écran d'ordinateur. Après son sommeil et son esprit, c'était son corps qui lâchait. Il ne dormait plus, mangeait à peine, se montrait agressif envers tous ceux qui avaient le malheur  de prononcer un mot de trop. Guillaume, Ysoir-Barbe… Ils avaient tous eu raison de lui, ils avaient réussi. Avec un léger bruit, l'agent posa son front brûlant sur le verre glacé de son bureau. En trois jours, il n'avait dormi qu'une heure à peine. Il ne pouvait plus. Plus maintenant.

Les mains de Guillaume s'enfoncèrent dans l'eau glacée, entraînant avec elle le visage doux d'une petite fille blondinette aux yeux noirs. Les iris de l'enfant se troublèrent un bref instant quand ils crevèrent la surface de l'eau et plongèrent dans la masse sombre de la vasque. Les bruits clapotant du ruisseau masquaient ses cris assourdis par l'eau, ses gestes désordonnés pour échapper à l'emprise insensible de son… père. L'homme et la fille ne se quittèrent pas du regard, pas un seul instant.

Le goût du sang envahit brusquement sa bouche. Tellement crispé qu'il s'en mordait la langue avec violence. Mercedes se força lentement à desserrer chacun de ses doigts et à se détendre. Mission impossible. Il se sentait partir à la dérive, devenir complètement barge. Quand ces rêve étaient apparus pour la première fois, il avait mis ça sur le compte d'un cauchemar passager, du résultat d'une intense période de stress. Les manifestations angoissantes durant le sommeil, Mercedes en était un habitué de longue date. Mais plutôt que de passer, les rêves s'étaient faits de plus en plus présents, envahissants. Et puis il avait croisé Monet Kaplan. Ysoir-Barbe réinventée des siècles plus tard. Loin de s'améliorer, il n'avait fait que s'enfoncer dans un délire de plus en plus vaste, de plus en plus réel. Guillaume, Mercedes… Tout finissait par se mélanger. Il divaguait complètement, à l'insu de tous. C'était peut-être ça le pire : que personne ne s'en rende compte. Il était tellement facile de faire semblant… Un sourire au bon moment et tous se réjouissaient pour vous : félicitations Mercedes, vous êtes heureux et bien dans vos baskets ! « Eh Weathley, ça va ? » Le petit agent se redressa comme un ressort, retrouvant contenance en un temps record. « Très bien, pardon. La fatigue... » La petite femme qui s'était penchée sur lui avec inquiétude hocha la tête et adopta la mine compatissante de circonstance. « Oui, pas tous les jours facile hein ? » Elle ponctua sa phrase par un sourire amical et trottina jusqu'à son propre bureau, un peu plus loin dans l'open-space. Si facile de mentir… Un petit sourire, mimer une expression joviale, un poil surprise, et les gens s'arrêtaient à ça. Si elle l'avait voulu, elle aurait pu voir son teint trop pâle, les cernes qui soulignaient ses yeux, la pellicule de sueur… Mais c'était beaucoup plus simple de passer au-delà, d'ignorer tous ces détails. Juste plus facile, rien de plus. Mercedes contempla les mains posées bien à plat sur son bureau. Des mains de tueur, meurtrières d'enfants. Pas directement celles-là bien sûr, celles-là c'était les siennes, celles de Mercedes Weathley. Quoi que… Son téléphone vibra, lui arrachant un nouveau sursaut. Sous la petite enveloppe s'afficha le nom de Kaplan. Il ne voulait pas lire, il n'en avait pas envie. Pourtant il ouvrit le message, resta figé devant. Le désarroi le plus complet avait laissé la place à… la perplexité. Elle se fichait de lui ? Un second s'afficha. Puis un troisième. Pourquoi la conversation affichait-elle le nom « The_Dark_Kaplan » et pas un numéro anonyme ? Quand l'avait-il enregistrée dans son répertoire ? Jamais. Mercedes en était à peu près certain et ce constat manqua de peu de l'achever. Il ne s'était jamais abaissé à pleurer en public, jamais : il avait beaucoup trop de fierté pour se laisser aller de la sorte. Du contrôle, du contrôle, du contrôle. De soi-même, des autres, de sa situation. Il n'avait jamais eu son mot à dire sur sa vie mais il se jugeait parfaitement responsable du moindre de ses actes. Découvrir qu'il n'était pas le seul maître à bord… « Je… P-pardon, j'dois filer, je... » Un voisin s'autorisa un regard perplexe. Mercedes Weathley parlait mal, mais il trébuchait rarement sur les mots. Le jeune Weathley fila aussi vite que son ombre, s'engouffra dans le premier ascenseur qui passait. « Mercedes, tout va bien ? » Aramis Wheeler le fixa avec inquiétude. Mercedes détourna le regard. Son employeur le connaissait beaucoup trop bien. « Très bien, tout va comme sur des roulettes. » Aramis haussa les sourcils mais n'ajouta rien et sortit de l'ascenseur. Il ne l'avait pas cru. À peine l'agent de terrain eut posé les deux pieds sur le sol de l'étage que le petit Écossais appuyait sur le bouton du rez-de-chaussée. « Aller, aller, aller ! » Il tremblait à nouveau comme un fou.

Merci mais je sui pas fou.

Message glacial. Mercedes s'adossa contre la glace qui tapissait le fond de l'ascenseur, refusant de croiser son propre regard. Ou celui de Guillaume. Allez savoir.

Comment vous avait eu mon numero d'abort ?

Les mots retranscrivaient à merveille son agressivité sous-jacente. Ses mains tremblantes l'obligeaient à s'appliquer de façon démesurée pour tapoter trois malheureux mots sur son téléphone.

Franchement Kaplan, j'est pas envie de vous voir. Jamais. Allez. Vous. Faire. Foutre.

Il hésita trois secondes.

Foutre. Foutre. Foutre. Foutre. Foutre. Foutre. Foutre.

Le message s'envoya, chercha sa destinataire.

Est loin. Si possible.

Il s'adressait à sa supérieure directe, l'invitait à aller se faire voir ailleurs sans la moindre courtoisie. À peine envoyés et il regretta ses messages. Juste un peu, mais juste assez pour le faire culpabiliser. L'ascenseur s'ouvrit dans un tintement au huitième et un type à l'air sinistre entra d'un pas traînant. Mis côté à côté, ils devaient à peu près avoir la même expression. Mercedes se détourna, croisa son regard fiévreux dans la vitre. Ce n'était pas lui ça, il ne se reconnaissait pas dans ces… traits. Il se fixa un instant avant de sursauter et de se cogner à son voisin. « Pardon... » Il ne s'excusait jamais. Mais dans le miroir, ce reflet… « Je… Guillaume me suit... » Il désigna son reflet avant de déguerpir. Il flippait comme le gamin qu'il avait été et qui sursautait à la moindre ombre, celui-là même qui guettait le passage du facteur tous les matins sans jamais manquer à son rendez-vous avec l'horreur. Il partit en courant, traversa le hall sans freiner, se jeta dehors.

J'arrive.

Un quart d'heure plus tard, il sonnait chez Monet Kaplan, le visage fermé.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Sam 26 Mar - 12:26

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Les messages de son collègue arrivèrent un à un. Ils étaient froids. Elle s'en doutait au fond mais Monet n'étant pas elle même à cet instant précis elle se sentit profondément vexée. À la vu du dernier message un petit sourire lui échappa et elle reporta son attention sur l'écran. La télévision était un vrai échapatoire. Elle ne dormait pas, et elle en voyait plus ces images du passé. Elle en avait trop vu. Plus le temps passait, plus elle se sentait lié à cette femme. Ysoir-Barbe était arrivée comme ça,du jour au lendemain, et elle ne semblait pas pressé de repartir de son esprit. Comment pouvait-elle aussi présente ? Et autant lui ressembler physiquement mais pas mentalement ? Elle avait certes les mêmes aires, mais le mental était bien différent. Elle était faible, soumise, maladive... elle lui faisait de la peine, clairement. Et maintenant, c'était elle qui était mal. Tout comme son double du passé, elle se sentait nauséeuse. Elle se sentait sombrer petit à petit. De temps en temps elle avait des envies qui ne lui correspondait pas. « Maman ? » Monet sursauta. Bon sang. Elle avait fermé les yeux. Elle avait vu la main d'une petite fille se posé sur la sienne. Et sa voix refusait de quitter sa tête. Elle entendait ce mot en boucle. Bon sang, que faisait Mercedes. La petite fille ressemblait tellement à son père.

Je n'ai pas d'enfant. Jamais. Jamais. JAMAIS.

Elle regarda autour d'elle, s'assurant de bien être seule. Et la bruit de la sonnette la fit complètement immerger. Elle posa sa télécommande et son pot de glace, enfila ses chaussons et fila vers la portes d'entrée. Elle traversa son salon impeccable (qui ressemblait assez à ceux qu'on trouvait dans les magasine de décoration intérieur), l'entrée où était disposés ses diplômes et ouvrit la porte en souriant.

Oh Mercedes ! S'écria t-elle. Entre, entre ! Tu n'as qu'à mettre des chaussures juste là, dit-elle en désigna le paillasson.

En traînant des pieds elle en perdit pas une minute avant de le tirer vers la manche direction le salon. Monet où étais-tu ? Pas là en tout cas.

J'ai de la glace, du pop-corn. Et si tu veux, des muffins. Ah et j'ai des bonbons aussi !

Elle retourna se mettre en boule sur son canapé et ses yeux se rivèrent à nouveau sur l'écran. Elle ne savait même pas ce qu'elle regardait. Ce qu'elle voyait c'était juste une bande de jeune adulte bêta dans une maison qui s’engueulaient pour un oui ou pour un non. Et qui ne s'exprimait même pas dans un anglais correct en plus. Pauvres gens. À la réflexion, elle avait plus de peine pour eux que pour elle dans l'immédiat. Elle s'enfila une nouvelle bouchée de glace avant de se tourner vers Mercedes.

Merci d'être venu Mercedes.

Des mots pareils sortant de la bouche de Monet Kaplan étaient assez rare. Encore plus à l'adresse de l'homme qu'elle aimait sans doute le moins sur cette planète. Mais ce soir, c'était différent. Elle avait besoin de lui. Elle ne savait même pas pourquoi, c'était comme ça. Elle le sentait. Elle défiait tout simplement Ysoir-Barbe.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Jeu 21 Avr - 20:44

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Il ne voulait pas arriver. Il ne devait pas arriver. Aller chez Monet Kaplan, c'était comme se rendre dans la tanière du loup. Le pauvre petit agneau qu'il était en ressortirait sali. Cassé. S'il ne l'était pas déjà… Au bruit de la sonnette, il serra les poings, attendit. D'un côté, il espérait presqu'elle aurait changé d'avis et qu'elle n'ouvrirait pas. Son ego, déjà tout froissé, en prendrait un coup mais il aurait peut-être la vie sauve. Ce n'était plus de Monet Kaplan qu'il avait peur, c'était de tout le reste. Tout ce foutoir, ces délires… Il allait sombrer, il le savait. Vingt-sept ans de victoire pour essuyer une défaite brutale en l'espace de quelques mois à peine. Tant de sacrifices pour… ça. Quitter l'Écosse, son Écosse avec sa pluie et son vent, pour partir croiser le Diable lui-même ? Lamentable. Indigne de lui-même. « Le premier arrivé a gagné ! » Mercedes sursauta, se colla contre la porte d'entrée quand une horde de mioches de quelques années déboulèrent dans l'escalier, dévalant les marches à toute allure. Lui aussi avait entendu ça plus d'une fois, quand son fils l'avait dépassé dans la Lande pour courir jusqu'au bord du lac. Ils avaient couru de toutes leurs forces, avec Guillaume comme vainqueur. Facile, il était bien plus grand que son petit bonhomme lui… Pas lui. Guillaume. Mercedes… Leur vie se mélangeaient, leurs souvenirs se fondaient les uns aux autres pour ne plus faire qu'un. Un qui n'était certainement pas Mercedes Weathley. La porte s'ouvrit sur une Monet fort bizarre. « Euh... » Il entra, pressé par un ouragan blanc curieusement vêtu (pardon, mais où était Kaplan ?). Mue par l'instinct de survie le plus primaire, le petit agent ôta ses vieilles baskets, les posant bien alignés à côté des chaussures impeccables de sa chef. « Euh... » À court de mots. Il l'était de plus en plus ces derniers temps. « J'arrive. » Il avait une petite voix sur le coup. Mercedes s'avança timidement dans le salon, passa devant le poste de télévision comme une ombre et s'assit à l'extrême bout du canapé (impossible d'être plus loin de Monet sans s'asseoir par terre ou se montrer impoli), sans doute prêt à fuir au moindre problème. Bref, la posture de l'animal en danger.

Il avait été si heureux quand cette petite chose était née… Un petit garçon, enfin un. Et en bonne santé. Guillaume avait ressenti un soulagement si intense qu'il avait serré Ysoir-Barbe contre lui. Deux jours plus tard, il versait une somme immense en banquets et fêtes pour célébrer la naissance de Guillaume-Barbe de la Croix de Ravignan. Cet enfant était une bénédiction, le calme après la tempête… Ils se devaient de l'accueillir en ce monde de la meilleure des manières. Lors de la grande fête finale, Guillaume avait invité son épouse à danger près du feu, au milieu des autres villageois. Les robes tourbillonnaient, les hommes trinquaient. Et pour la première fois depuis des années, lui était serein. Il avait croisé son père et n'avait pas eu à baisser les yeux devant son regard inquisiteur. Non, il avait pu dire « voilà Papa, l'héritier est né, la famille continuera son ascension ». Guillaume-Barbe était un enfant si fort, si gras, qu'il ne pouvait en être autrement. Guillaume n'avait plus qu'à trimer comme un âne, gagner de l'argent, toujours plus d'argent, pour acheter la propriété voisine. Lui avait des dettes mais les Du Chemin de Ravignan encore plus. Des lointains cousins éloignés à ce qu'il paraissait… Oui, le mari buvait là-bas, sa femme patientait dans l'ombre, silencieuse et maladive. Qu'importe, la famille devait être là pour vous aider : ils l'aideraient dans son ascension fulgurante. Guillaume-Barbe serait ainsi à la tête d'un terrain plus grand et se marierait à une belle fille. Peut-être même, si Guillaume lui-même amassait une coquette somme d'argent, pourrait-il acheter une charge au village. Il ne manquait qu'un notable dans la lignée pour se montrer digne de tout ce chemin parcouru. Leurs origines étaient illustres ! Salies, mais anciennes. Il ne fallait plus grand-chose pour effleurer la gloire perdue.

Quand on le voyait, on pouvait franchement se demander si on n'avait pas affaire à un junkie en manque. Pâle comme la mort, les yeux cernés et fatigués, tremblant parfois sans raison apparente, Mercedes faisait franchement peine à voir. Pire, il le savait et ne pouvait rien y faire. Devant ce bref fragment issu d'une mémoire qui n'était pas la sienne, le petit agent ne perdit pas contenance. Du moins pas de façon visible. Oui, il tremblait comme un dément sans quitter l'écran de télévision des yeux, mais non,il ne dit rien. C'était devenu tristement banal dans son quotidien. Il pensait faire des choses mais oubliait au fur et à mesure, trop pris dans ses souvenirs et dans ces réalités qui se chevauchaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il ne dormait pas, ne mangeait pas, ne parlait pas… Même Asha s'inquiétait à force. Et là, il avait juste entendu les remerciements. « Ah bah… d'rien. » Quelle infâme torture pourtant… Mais il tirait un certain réconfort de la voir dans un état similaire. Quoi qu'il y ait entre eux – ils n'avaient pas abordé le sujet, exception faite des cinq premières minutes passés ensemble où, par habitude, il avait tout nié en bloc – ça les touchait tout autant. « J'vais... » Parler avec quelqu'un, parler réellement… C'était difficile. « J'en peux plus, Kaplan, j'en peux plus. » Il se tenait tout droit assis au bout du canapé, les bras croisés contre lui. Il n'avait pas pleuré depuis très longtemps mais là… Il n'en était plus si loin. À trop tout garder pour lui, à distribuer les sourires – chose qu'il ne faisait pourtant pas au naturel, généralement caché derrière un masque taciturne – et les « oui, ça va » il atteignait un point de non-retour. Et il avait fallu aller aussi loin pour qu'il soit souriant au quotidien. De faux sourires, mais distribués à la pelle. « Je... » Il ne pleurait pas vraiment mais c'était tout comme.

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Dernière édition par B. Mercedes Weathley le Sam 23 Avr - 21:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Sam 23 Avr - 14:43

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Elle le regarda du coin de l’œil se caler à l'autre bout du canapé. Bah, elle ne pouvait pas lui en vouloir, elle avait toujours été terriblement méchante avec lui. Oui, elle le reconnaissait sans soucis. Elle était odieuse, mais elle ne s'en voulait pas trop, cela faisait partit d'elle. Elle hélas pour elle, elle ne faisait rien pour que cela évolue. Et tandis qu'elle mangeait une énième cuillère de glace en rigolant amèrement devant toutes les conneries qu'elle voyait à l'écran, Mercedes craqua. Et elle ne tarda pas à le suivre en voyant l'air qu'il avait sur le visage.

Moi non plus, souffla t-elle.

Pas besoin d'en savoir plus. Ni d'en entendre plus. Elle voyait où il voulait en venir. Ils n'avaient pas choisis ce qui leur tombaient dessus. Et pourtant tous les deux en souffraient tous les jours. Elle posa son énorme pot de glace à la fraise sur la table basse et s'essuya la bouche avec la manche de son pyjama (pour la classe habituelle de Monet, on pouvait toujours repasser). Ses yeux bleus étaient humides, elle retenait ses larmes comme jamais. Elle avait déjà trop pleuré ces derniers temps. Elle se leva de sa place pour se joindre à lui de l'autre côté de son immense canapé.

Je sais pas comment gérer ça. Pour la première fois dans ma vie je suis face à un truc que je... que je comprends pas. Et ça m'effraie. Encore plus que tous ces monstres, ces graines de dieux, ces meurtres... encore plus que tout ça. Je hais ne pas comprendre. Et ne pas pouvoir me battre contre ça.

Vider son sac. Elle attendait ça depuis des jours, des semaines... Elle sécha une larme et renifla. Elle devait être terriblement... Repoussante. Les yeux humides, les cheveux en batailles, le teint pâle sans maquillage. Au plus bas. Elle tendis ses bras et le serra contre elle pendant quelques secondes qui lui parurent durer une éternité. Oh, elle pouvait entendre Ysoir-Barbe hurler, très loin. Mais elle s'en fichait. Pour une fois dans sa vie un contact physique n'allait pas la tuer. Et elle sentait au fond qu'elle en avait besoin. Besoin de réconfort.  Elle aurait pu rester comme ça des heures tant la situation était parfaitement inhabituelle. En tant normal elle lui aurait aboyé dessus, le traitant de tous les noms, l'accusant des pires choses et là... c'était tout le contraire.

Elle essaie même de me faire croire que je suis enceinte, tu te rends compte ? souffla t-elle. Elle veut que je te fasse du mal pour se venger.

Monet Layla Kaplan, où êtes vous ? Pas là en tout cas. Elle recula sur son canapé et engloutit presque aussitôt une poignée de smarties. Quelque part elle n'en revenait pas de lui avait fait ça. Ça ne lui ressemblait pas du tout. Elle se gratta la gorge avant de se retourner face à son écran de télévision. Visiblement Katia était pas contente que Kent la lâche pour Georgina. Ces gens avaient une vie qui semblaient tellement plus fun. Elle aussi parfois regrettait de ne pas être aussi... banale. D'avoir une vie de femme de 25 ans épanouie, un métier normal, un compagnon normal, bref, loin de tout ces tracas.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Sam 23 Avr - 21:44

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Un bref instant, Mercedes se demanda s'il n'allait pas tomber dans les pommes. Dans le salon de sa supérieure, ce serait sacrément embarrassant mais ils n'étaient plus à ça près tous les deux. Leur lien dépassait ceux de simples collègues : ils étaient devenus beaucoup plus que ça au cours des dernières semaines. Il haïssait Monet autant qu'il l'appréciait, voulait la savoir loin tout en souhaitant la garder près de lui. Kaplan, c'était le dernier élément entre lui et la folie. Tant qu'il savait qu'elle vivait la même chose, Mercedes pouvait garder les pieds sur terre. Cette folie, ils la partageaient tous les deux au quotidien. Si elle venait à s'en aller pour une raison ou d'une autre… Tous les efforts qu'il avait fait au cours des derniers mois ne serviraient à rien. Et cette fois-ci, même Aramis ne pourrait rien pour lui. Elle non plus de comprenait, elle venait de le lui dire… Mais comment allaient-ils faire ? Ils n'allaient certainement pas pouvoir vivre avec ça ad vitam aeternam, Mercedes s'en savait incapable. Et pourtant Dieu seul savait à quelque point il pouvait être endurant psychologiquement. Peut-être plus que la moyenne. Mais ça devait trop dur pour une seule personne. « Je sais pas... » Est-ce que tout cela existait vraiment ? N'était-ce pas un quelconque tour de cet univers mythologique dont il ne connaissait rien ? Il avait vu de quoi ce monde était capable et non merci, il ne voulait pas y être mêlé. Mais Ysoir-Barbe et Guillaume, du fin fond de leur siècle passé, ne semblaient pas être issu de ce monde de dingues. « Est-ce qu'ils sont nous ? Nous sommes eux ? » Kaplan le serra contre lui. Instinctivement, il se raidit sans toutefois chercher à se dégager. Asha mis à part, il ne put s'empêcher de se demander qui l'avait pris dans ses bras pour la dernière fois. Sa colocataire c'était naturel, elle le faisait n'importe quand à n'importe qui. Et pour elle, Mercedes rayonnait. (Même si elle en était de moins en moins sûre ces derniers temps, il savait que tout ça commençait à se voir.) « J-je... » Une larme solitaire glissa sur sa joue. L'agent réprima l'énorme sanglot qu'il sentait poindre dans sa poitrine. « J'suis pas Guillaume. » Pourtant parfois, ils avaient des choses si communes… « Je suis pas lui mais… Je le sens en moi. Je le sens Kaplan, il... » Il s'étouffa dans une nouvelle montée de larmes et s'interrompit quelques secondes. « J'ai un peu l'impression de me perdre, je... » Disparais à son profit. Oh oui, il aurait aimé le dire mais ça aurait été rendre cette terrifiante réalité bien tangible et… c'était encore au-dessus de ses forces. Il faillit passer une main amicale dans le dos de Monet, se ravisa. Un nouveau silence s'installa dans le salon de Monet Kaplan et ils fixèrent l'écran sans un mot. « Peut-être que… Peut-être que tu devrais me faire du mal. » Il n'en croyait pas ses oreilles de dire une chose pareille. Il n'était plus vraiment lui-même ces derniers temps, son regard fiévreux, empli de larmes, le confirmait. « Me tuer pour que ça soit fini ? » Mercedes se mit à genoux sur le canapé, se rapprocha de Monet. « Tu crois pas ? » Un parfait délire. Mais il y croyait, oui, il y croyait fort à ce moment-là. Le manque de sommeil, le désespoir, l'épuisement mental… Il plongea dans l'inconscience, aspiré par des souvenirs qui n'étaient pas les siens, et dégringola du canapé. Noir.

Guillaume s'assit dans l'herbe, un brin glissé entre les lèvres. Le soleil se couchait de l'autre côté de leur petit vallée. Le jeune noble baissa les yeux sur son minuscule garçon. Guillaume-Barbe n'avait qu'un mois mais il grandissait vite. Il était même passé à travers la sévère épidémie de grippe qui avait tué deux autres nourrissons autour de chez eux. « Tu vas vivre, bonhomme. Vivre et nous représenter avec honneur et dignité. » Guillaume effleura les fins cheveux de l'enfant du revers de la main et sourit à son épouse qui avançait à petits pas dans le jardin. « Brenda ! » Une servante s'approcha, pris l'enfant. « Et toi, ma douce, ma tendre épouse… Il faudra bientôt nous faire un second beau garçon comme celui-là. » Guillaume caressa la joue d'Ysoir-Barbe mais le geste avait perdu la douceur utilisée sur le bébé. C'était… davantage menaçant. Guillaume était un homme fort et dominant et son épouse le savait. « Bientôt, ma belle, bientôt... » Il chantonna les derniers mots avant de suivre la servante à l'intérieur.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Sam 23 Avr - 22:28

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Je ne suis pas non plus cette cruche d'Ysoir-Barbe je ne sais quoi, rigola t-elle.

Non, elle était bien plus forte, l'autre était carrément faible. Et elle ne doutait pas une seconde de la parole de son collègue quand il disait ne pas être ce terrible Guillaume Junior, cet infâme mari repoussant qui... Un frisson lui parcouru le dos quand elle repensa à tout ce qu'elle avait vu de cet homme. Comment il battait sa femme, comment il était, souriant devant les nobles gens, et puis, vil et hargneux dès qu'il leur tournait le dos. Il n'y avait aucun doute que s'il s'était retrouvé en face de la Monet actuelle, ce pauvre type n'aurait pas tenue deux secondes sans s'en prendre une. Les mots de Mercedes résonnèrent dans sa tête. Peut-être qu'elle ne c'était pas toujours montré gentille avec lui (voire pas du tout, elle le savait) mais elle savait que jamais elle n'en arriverait à de telles choses.

Jamais de la vie, elle se tourna vers lui, un pâle sourire sur le visage, je ne te tuerais pas, jamais, c'est compris ?

Elle lui tapota l'épaule amicalement (encore une chose qu'elle n'aurait jamais fais auparavant) et reporta son attention sur l'écran. Cependant, la curiosité la titillait. Voyait-il les même choses qu'elle ? Ressentait-il les mêmes sensations quand leur deux... doubles se croisaient dans le passé ?

Mercedes... Je peux te demander comment tu les vois ? Enfin, les scènes auxquels tu assistes ? Je veux dire... Personnellement, je vois la vie quotidienne de cette femme, depuis son mariage.

Mercedes sembla s'affaler. Il avait du être aspiré dans ses pensées à son tour. Peut-être que son double lui jouait encore des tour. Il tomba carrément du canapé et elle sursauta. Elle se ressaisit et le redressa, le calant entre tous les oreillers qu'elle trouvait sur son vaste canapé.

Mercedes ? - elle lui posa une main sur le front – Mercedes ?

Qui aurait cru qu'ils en arriveraient là ? Elle le savait mieux que personne, quand ils étaient dans leur phase de « délire du passé » ils étaient compliqués à réveiller. À quoi était-il en train de penser en ce moment même ? Peut-être à son terrible Guillaume, sans doute en train de martyriser sa pauvre femme, de lui aboyer dessus ou de lui faire comprendre qu'il voulait un nouveau garçon ? Aux dernières nouvelles, elle était enceinte, encore une fois, il devait être ravie. À moi qu'elle ne lui ai pas encore dis. Elle aussi était dans ses pensées, mais en restant Monet Kaplan. Elle tentait juste d'analyser la situation passée. Peut-être que tous leur maux s'arrêteraient quand ils verraient leur propre double mourir ? Après tout, ils vivaient leur histoire en accéléré, et avec ce qu'elle savait des gens des temps modernes, du moins, de leur siècle, ils ne vivaient pas bien longtemps, surtout dans de telles conditions de vie ! Après un peu de chance, les deux seraient emporté par la prochaine variole ou connerie du genre... Voilà qu'elle se mettait à espérait la mort de personnages du passé. Elle délirait complètement. Sans même s'en rendre compte elle s'était mise à le bercer doucement, les yeux mis clos et à lui passer une main dans les cheveux. Les idées les plus folles lui traversaient l'esprit. Pouvaient-il faire le même rêve, en même temps (enfin, si l'on pouvait nommer ça des rêves et pas des cauchemars) ? Pouvaient-ils se voir mutuellement et se parler dans leurs visions ? Pourquoi tant de bizarrerie dans leur vie ? Mais pour la première fois depuis des mois elle se sentait bien, terriblement apaisée. Peut-être parce qu'Ysoir-Barbe avait compris que pour ce soir, elle ne pouvait plus rien contre elle. De manière générale, elle ne pouvait plus rien. Monet c'était mis un point d'honneur à la faire taire, à la faire plonger. Elle refusait de voir sa vie se faire dicter par une bonne femme, dont elle ne connaissait au fond, ni les motivations, ni les buts. Et Mercedes l'avait sauvé pour ce soir, elle était tellement soulagé que ce dernier accepte finalement de se confier.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Dim 24 Avr - 22:03

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Guillaume était un être abject. Il n'avait pas toujours été comme ça : autrefois, il avait été honnête et droit, gentil même. Mais les difficultés de la vie l'avaient aigri avant l'heure, transformant le garçon maussade mais gentil et romantique en… ça. Vicieux avec son épouse – qu'il avait pourtant aimé tendrement à leur mariage – et assassin avec ses enfants. Trop de pression sur ses frêles épaules l'avait brisé, avait révélé ses plus mauvais côtés. Plutôt que de se remettre en question, il avait choisi d'accuser le monde entier. La terre dans son intégralité était en faute mais pas lui, pas Guillaume Jr. Mercedes ne pouvait pas aimer un tel homme, ne pouvait même pas le comprendre. Oh certes, Guillaume paraissait si fort et si droit en société… l'homme parfait, vraiment ! Que dalle. C'était un type faible et sans envergure, le genre d'homme que l'on ne pouvait pas respecter. Mercedes malgré l'immense liste de ses défauts, son caractère si prompte à la moquerie, était bien plus fort dans ses convictions. Il savait en quoi il croyait et pourquoi, il savait garder ses pensées en tête sans forcément se laisser influencer. Pourtant… c'était Guillaume qui gagnait. C'était lui qui, chaque jour, lui rongeait un peu plus l'esprit et l'acculait à l'extrême rebord d'une dangereuse falaise. Si Mercedes tombait… échec et mat, Guillaume remportait la partie. C'en serait terminé du petit agent et qui sait ce qu'il y aurait ensuite. La folie ? Guillaume ? Guillaume seul au commande, peut-être inconscient de ce qu'il avait fait ? Ou peut-être qu'il n'y aurait rien, rien du tout, juste une vulgaire coquille vide.

Mercedes sentait Monet si prêt de lui, si… gentille. Ce mot ne semblait pas coller avec la jeune femme et pourtant, c'était bien ça à cet instant : un peu de gentillesse au milieu du déluge. L'agent sentait ses larmes s'agglutiner au bord de ses paupières mais il ne dit rien. Il voulait profiter encore un peu de ce bref instant, cette petite éclaircie. Rencontrer Monet Kaplan avait été la pire chose de sa vie. Des rêves, il en était venu à ces visions inutiles qui frappaient n'importe quand, n'importe où. Parallèlement, elle était la seule à même de le comprendre. « Comment peuvent-ils nous ressembler à ce point ? » Sa voix sonna dans le petit appartement, bien plus claire que quinze minutes auparavant. Il voyait la pendule au fond du salon : tant de temps s'était écoulé ? À l'occasion, il faudrait qu'il fasse des tests. Seul, c'était difficile mais peut-être que… peut-être qu'il s'était finalement trouvé une alliée ? Monet comprendrait, elle. Elle vivait la même chose. S'il en parlait à Isaure… Non, impossible. Quand à Asha, il savait qu'elle s'inquiétait et qu'elle ne le croyait plus quand il disait que tout allait bien. Il savait aussi qu'une fois, alors qu'il s'était brusquement écroulé au milieu du salon, il lui avait raconté la moitié de cette folle histoire. La Française n'avait fait que le fixer de ses grands yeux inquiets avant de lui dire d'aller se coucher, que tout irait mieux demain. Si seulement… « Ils sont vraiment exactement comme nous. Physiquement, j'veux dire. Ysoir-Barbe… C'est toi. Guillaume, c'est moi. » Peut-être l'une des premières fois où il prononçait le nom d'Ysoir-Barbe à voix haute. « Ils font notre taille, tout pareil... » Mais ce n'était pas eux. Une femme qu'il croyait avoir oublié resurgit du fin fond de ses souvenirs. « J'ai croisé une femme y a longtemps à… en Écosse. Elle était une ancienne généticienne, elle m'a expliqué vite fait les gènes et tout. » L'une des dingues les plus gentilles qu'il ait eu croisé au royaume des fous. Presque une autre maman. Elle avait gardé soigneusement ses traitements de côté pour tout prendre d'un coup. « C'est pas possible qu'ils soient exactement comme nous. » Impossible qu'ils aient eu deux clones dans un autre pays des siècles auparavant. Pas des clones parfaits. Et pourtant… « Mais… merci d'être là. »  À la folie, il préférait la folie partagée. C'était moins effrayant quand on avait une camarade à proximité. Il enfouit brièvement le visage dans le pull de Monet, profitant une dernière fois de sa proximité pour une fois rassurante et s'éloigna. « J'ai entendu ta question t'à l'heure. » Le tutoiement venait de plus en plus naturellement aujourd'hui. Normal : comment garder une distance respectueuse quand… Non, on ne pouvait pas. « Je vois... » Des scènes atroces. Des scènes où il tuait ses enfants. Des scènes où il la poussait elle dans ses derniers retranchements. Des scènes où il était seul, à réfléchir, en tête à tête avec lui-même. « L'horreur de ce type. » Mercedes enfouit son visage dans ses mains, les coudes sur les genoux. « C'type est l'un des pires qu'j'ai croisé. » Sa perversité était effrayante.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Mar 26 Avr - 21:41

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D'où sortaient-ils, ce couple des temps modernes, elle n'en avait pas la moindres idées. Elle comprenait son collègue sur ce point là, elle était aussi confuse que lui quand il s’agissait d'expliquer... la provenance de leur soucis. C'était bien simple ; elle s'était surprise à faire des recherches sur le net, et mise à part sur des forums de personnes plus réellement saine d'esprit, elle ne trouvait rien de concret. Rien. En même temps, cela ne l'avait même pas étonné. Son cas et celui de Mercedes était... perdu d’avance. Alors comme ça il voyait des scènes horribles ? Elle aussi, dans un sens. Mais ces scènes à elle était tellement plus tourné vers... Le quotidien de cette femme misérables que s'en était insupportable.

Cette femme est faible. Ce que je vois de ce type, personnellement, c'est son côté mari. Je ne le vois que lorsqu'il est avec elle à lui faire les pires crasses de l'univers. Quant à elle... je la vois pleurer dans son coin, s'occupe de toute ses filles... T'as vu combien ils arrivent à en faire ? - elle rigola un peu – Ce type, rien à dire, il explose tous les records.

Elle lui tapota le dos l'air compatissant et piocha une nouvelle fois dans ses paquets de friandise. Et ce soir là Monet Kaplan pouvait être sûre d'avoir fait grimper son poids sur la balance.

Dis, je me posais une question tout à l'heure... Est-ce que tu crois qu'on pourrait gérer ça ensemble à l'avenir ? Je veux dire, ils nous affecte. Regarde moi. Tout à l'heure j'ai du faire un nouveau... t-test de grossesse pour m'assurer que tout allait bien. Pourtant je sais que je peux pas l'être... J'ai jamais... Enfin bref. Parce que je t'assure que c'était comme si j'étais à la place de cette femme. Est-ce que si on se prévient mutuellement de ce qu'ils complotent dans leur coin... L'impact sera moins grande le moment venu.

Elle cherchait des pistes, des idées pour s'en sortir. Elle rattacha ses cheveux et soupira. Nouvelle page de publicité à la télévision.

Et tu crois que si on s'endort dans la même pièce on pourrait se voir ? Dans nos rêves, j'entends. Je sais, ça paraît farfelue, mais parfois j'ai l'impression d' être, et pas juste d'observer.

Si un médecin, un psychologue les entendait parler, ils étaient bons pour l'asile, et pas que pour quelques petites années. Elle s'était refusé à en voir un, se jugeant parfaitement saine d'esprit. Parce que jusqu'à maintenant, elle n'avait pas été réellement affecté. Mais depuis quelques semaines, cette histoire empiété sur sa vie réelle, et pas que sur ses rêves. Mais elle s'était tout de même refusé à aller consulter. Le DLCEM ne devait pas savoir. Elle devait garder son post. Continuer de travailler comme si tout allait bien (bien qu'elle se doutait parfaitement que certains au bureau commençaient à se poser des questions) et marcher la tête haute. Soudain elle sauta hors de son canapé pour se précipiter dans sa salle de bain. Maudite Ysoir-Barbe. Elle l'entendait presque rire dans son coin. Elle se releva, tremblotante. Elle attrapa sa brosse à dent, fit couler son dentifrice.

Désolé, encore les nausées.

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MessageSujet: Re: Voyage voyage, loin de nos idéaux. (monet & mercedes, terminé)   Lun 20 Juin - 22:00

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Enfin il ne le voyait pas lui. Mercedes n'avait vu Guillaume de l'extérieur puisqu'il était Guillaume. Dans chacun de ses rêves, il se retrouvait prisonnier du corps du Français. Il pensait comme lui, voyait comme lui et ressentait comme il. Il vivait le plaisir intense qu'avait Guillaume à torturer psychologiquement son épouse. Il connaissait ses sentiments, ses émotions. Il savait tout de ses pensées. Pourtant, Mercedes savait bien qu'il n'était pas lui, qu'il n'était que la victime d'une sorte de tour infâme qui lui détruisait sa vie et sa propre santé mentale. Il sentait bien aussi que l'inverse était vraie, que Guillaume venait parfois en lui. L'autre jour, alors qu'il observait Monet à la dérobée au bureau, il avait ressenti une pulsion bizarre envers elle. C'était quelque chose que Guillaume vivait tous les jours mais Mercedes ? Non, Mercedes n'était pas comme ça. Pourtant c'était lui qu'il l'avait vécu, cet instant effrayant. Mercedes, Guillaume, Guillaume, Mercedes… Et si c'était du pareil au même ? Ils étaient peut-être une seule et même personne en fin de compte… « J-je sais pas s'ils complotent dans leur coin. Parfois, je sens Guillaume dans ma tête, juste là, tout près... » Il le sentait en lui, oui, cohabitant avec ses propres pensées, se glissant dans son corps comme un parasite. « Il est perdu lui aussi. J'crois pas qu'il ait conscience de tout ça. Enfin j'veux dire, je crois qu'ils ont vraiment vécu il y a longtemps. J'crois que ce sont des nous du passé. » Il balançait ça sur un ton vaguement effrayé, un peu comme s'il énonçait la fatalité, mais il sentait qu'il touchait la vérité du bout du doigt. « Je crois qu'ils sont nous, y a des siècles. Et j'crois qu'on est leur réincarnation ou quelque chose dans la même idée. » Avec l'émotion, son Anglais se faisait encore plus mauvais qu'en temps normal mais quelle importance ? Un Anglais impeccable ne l'aurait pas sauvé de tout cela. « Je le sens dans ma tête Kaplan, j'en peux plus... » Sentir un étranger – enfin Guillaume surtout – remuer en lui et lui souffler des réponses qu'il n'aurait jamais dit en temps normal, c'était comme avoir l'impression de perdre le contrôle. Et il le perdait parfois, à répondre d'une façon qui n'était pas la sienne ou à avoir envie de faire des choses qui ne lui ressemblaient pas.

Guillaume asséna une gifle monumentale sur la joue de la servante qui s'abstint difficilement de reculer. Malgré les larmes qui brillaient dans ses yeux, la jeune femme faisait tous les efforts du monde pour ne pas pleurer. « Je te le redemande une dernière fois : où est-elle ? » « Elle m'a demandé de préserver sa tranquillité, monsieur... » La main claqua à nouveau sèchement contre la pommette de la servante, lui arrachant cette fois-ci un petit cri de douleur. « Ma jolie... » Les doigts de Guillaume, aussi légers qu'un papillon, effleurèrent la peau déjà rougie de la jeune femme. Elle tremblait. « Tu vas me le dire, je te l'assure. »

Quel homme Guillaume était-il devenu ? Pour avoir été lui au cours d'innombrables rêves, Mercedes connaissait sa vie entière. Il se reconnaissait parfois dans le garçon taciturne et silencieux qu'avait été le jeune héritier avant son mariage. Mais la vie, les nécessités… tout cela avait changé le jeune homme pour en faire la pire des ordures. Et ça, Mercedes ne pourrait jamais se retrouver là-dedans. S'il y avait bien une chose qu'ils ne partageaient pas, c'était leur rapport au monde. Guillaume avait été faible, il avait plié devant les désirs de son père jusqu'à ne plus vivre que pour le contenter. Mercedes, lui, avait simplement dit merde à sa famille. Simple comme bonjour, mais ça lui avait permis de préserver sa personnalité. « Sans doute Kaplan… mais je te vois déjà quand je rêve. » Parce qu'il était Guillaume, dans ses visions, parce qu'il vivait et ressentait comme lui dans ces moments, quitte à en perdre de vue ses propres pensées, son indignation devant ce garçon. Guillaume et Mercedes se fondaient l'un dans l'autre à force de se côtoyer aussi intimement.

Mercedes se cala plus confortablement contre le canapé, essuyant d'un geste rageur les quelques larmes qui avaient choisi de sournoisement squatter ses yeux. La télévision continuait de débiter ses âneries mais qu'est-ce qu'elles étaient bienvenues quand on avait envie d'oublier, d'arrêter de penser ! Il se hasarda même à piquer une des sucreries que Monet engloutissait depuis qu'il était arrivé.

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